La vie de Nikola Tesla – 1/2 – Dossier pour Podcastscience

 

Tesla: un nom qui en dehors de la marque de véhicules électriques et de l’unité de mesure du champ magnétique, n’est que rarement associé à l’inventeur américain d’origine serbe né au XIXème siècle et qui participa à l’essor du courant alternatif qui est aujourd’hui indispensable à notre monde.

Vous découvrirez que beaucoup d’erreurs sont colportées à ce propos sur l’Internet mondial (inventeur de génie que le système a fait taire, l’homme qui fut capable de dompter l’énergie libre, celui qui pouvait parler aux autres planètes ou encore un vénusien qui était là pour aider l’humanité à grandir) et qu’en se basant sur la littérature sourcée et la science, nous arriverons à comprendre un peu mieux la première partie de sa vie.

Ce dossier a été réalisé pour Podcastscience et a été présenté en premier lors du live du 14 juin 2016. Vous pourrez aussi le retrouver sur le site de podcastscience.


Introduction

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On a tous entendu parler de Tesla, que ce soit pour des voitures électriques ou pour l’unité de mesure du champ magnétique. Mais on pense rarement à l’inventeur américain d’origine serbe, contemporain d’Edison, Einstein ou Marconi, qui participa à l’essor de l’industrie électrique et au développement de la radio. Le problème avec Tesla c’est qu’il fit aussi des déclarations fantasques qui font qu’aujourd’hui on entend plus souvent parler de lui comme le chantre du New Age, le maître de l’énergie libre ou pire, un vénusien venu sauver la Terre …

Mais qui est vraiment Nikola Tesla? Sur quoi a-t-il travaillé réellement ?

Je vais tenter de démêler le vrai du faux en me basant sur un certain nombre d’ouvrages que j’ai pu lire sur lui directement, sur Edison, ou encore sur l’alterscience.

Au cours de ce double épisode nous allons aborder sa jeunesse, son éducation, son voyage en Europe qui le mena à travailler pour Edison, leurs relations, ses travaux sur le courant alternatif et le moteur polyphasé, ceux sur le grand sujet de sa vie : la transmission d’énergie sans fil, ses idées “farfelues” et la fin de sa vie. Je prendrais enfin un peu de temps pour faire du debunking de quelques mythes qui peuvent exister à son propos.

Petit disclaimer: les “faits” sur la vie de Tesla, il faut le dire franchement, c’est le bordel pour vérifier. J’ai tenté de donner une vision plus juste de Tesla et si vous pensez que j’ai pu dire quelque chose de faux malgré mes recherches, je suis totalement ouvert à recevoir vos remarques!

La jeunesse de Tesla

Les parents de Nikola Tesla, Milutin et Djuka, sont nés dans le premier tiers du XIXème siècle[1]. Après un court passage par Senj, sur la côte adriatique de la Croatie, où sont né trois des enfants Tesla[2], ils migrèrent dans une autre ville de Croatie, Smiljan,  en 1852.

C’est dans cette ville qu’est né Nikola Tesla dans la nuit du 9 au 10 juillet 1856. La légende veut que ce fut à minuit une nuit d’orage et d’éclairs. Un échange aurait eu lieu entre la sage-femme du village qui aurait dit de Nikola qu’il était un enfant de la tempête et Djuka aurait répondu “non, de la lumière”[3].

Plusieurs évènements de sa jeunesse, vont marquer toute sa vie. Il découvrit l’électricité statique avec son chat, contracta une horreur pour les boucles d’oreilles, ou encore des troubles obsessionnels compulsifs (les fameux TOC) comme le fait de compter par trois toutes les choses par exemple[4]. Il développa aussi une capacité désormais fameuse à voir, aussi vrai que nature, tout ce qu’il pouvait imaginer[5].

Pendant sa jeunesse Tesla fut aussi choqué par la mort de son frère Dane[6] et ses parents furent ensuite très protecteurs avec lui.

Suite à cet évènement, ses parents migrèrent à Gospic, toujours en Croatie, où Tesla entra au collège et c’est au cours de cette période qu’il découvrit le principe des turbines et autres roues à aubes. Il prétend d’ailleurs qu’ayant entendu parler des chutes du Niagara il aurait dit à un de ses oncles qu’il maîtriserait leurs forces grâce à ces techniques, ce qu’il réalisa effectivement près de 30 ans plus tard[7].

Après avoir fini son collège en 1870, il poursuivit ses études dans un lycée avant d’entrer en 1875 à la Joanneum Polytechnic School de Graz, en Autriche. Nikola entreprit un cursus orienté autour des mathématiques et de la physique. C’est pendant un cours de physique à propos des moteurs ou générateur/dynamo à courant continu que, remettant en cause l’usage du commutateur, son professeur, lui expliqua que l’enlever serait aussi impossible que le mouvement perpétuel[8]. Tesla, instinctivement sûr de son fait, poursuivit cette idée pendant de nombreuses années pour aboutir au moteur à courant alternatif polyphasé qui, aujourd’hui, fait rouler les TGV entre deux grèves notamment.

Mais à quoi servait ce commutateur dans les moteurs à courant continu utilisés à l’époque? Prenons un peu de recul pour comprendre un peu ces histoires de courant continu/alternatif et de moteur/générateur d’abord.

Le courant continu est celui qui sort d’une pile ou d’une batterie par exemple. Il circulera toujours dans le même sens sans changer d’amplitude au cours du temps. Le courant alternatif de son côté va aller dans un sens puis dans l’autre un certain nombre de fois par seconde (il s’agit de sa fréquence). C’est celui qui est produit par les centrales électriques et qui vous est délivré par les prises de courant de nos maisons.

Afin de pouvoir faire fonctionner des rotatives ou des machines industrielles qui fonctionnent à l’électricité, il fallait disposer de générateurs qui produisent du courant, de fils pour le transmettre et de moteurs pour l’utiliser. Ces moteurs devaient, à l’époque, fonctionner sur les mêmes infrastructures électriques que celles utilisées pour la télégraphie qui fonctionnait par l’interruption d’un courant continu. Et il pouvait aussi être nécessaire de pouvoir faire fonctionner les machines sur batterie (qui délivre du courant continu donc).

La recherche avait donc tenté d’aboutir à la création d’un couple générateur/moteur à courant continu. Les travaux de l’époque étaient basés sur l’induction magnétique découverte par Faraday en 1831. L’idée était de générer du courant lors du passage d’un aimant dans une bobine de fil (pour le générateur) ou inversement, de générer un champ magnétique lors du passage d’un courant dans une bobine (pour un moteur).

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By Abnormaal (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)%5D, via Wikimedia Commons

Pour faire fonctionner un moteur il fallait tout d’abord pouvoir générer de l’électricité. Le principe était donc de faire tourner une bobine dans le champ magnétique d’un aimant pour produire un courant électrique dans les fils de la bobine. Comme dans une dynamo de vélo ou une roue à aube par exemple. Mais ce courant étant alternatif par nature, il fallait un moyen de le rendre continu. C’est un certain Hyppolite Pixii qui inventa en 1832[9] le fameux commutateur qui permettait de le faire en prenant le courant dans le bon sens à chaque rotation.

Une fois le courant continu arrivé au moteur, le système de la dynamo était inversé et le courant passant dans la bobine générait un champ magnétique qui entre les aimants du stator, la partie aimantée fixe, faisait tourner l’axe.

Le problème avec l’usage du commutateur c’était que des étincelles étaient générées quand le courant était récupéré dans un sens puis dans l’autre et cela avait tendance à provoquer des incendies[10].

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By Pulsar at French Wikipedia [Public domain], via Wikimedia Commons

Pour en revenir à l’éducation de Tesla, et malgré un bon début à Graz, ses résultats scolaires périclitèrent au cours de ses trois années car il fut absorbé par le démon du jeu[11] et il fuit à Maribor (ville située dans l’actuelle Slovénie) pour travailler[12]. Son père le retrouva et lui proposa de reprendre ses études à Prague mais Nikola déclina l’offre.

Peu de temps après cette altercation, son père mourut à Gospic en  avril 1879. Nikola continua de jouer aux cartes et à perdre de l’argent. Sa mère craignant pour sa santé, le convainc d’arrêter et Nikola alla dans la famille d’un de ses oncles pour finir ses études[13]. Mais en 1881, son oncle ne pouvait le financer plus longtemps et Tesla dut se résoudre à aller à Budapest. Il comptait y travailler pour un certain Puskas, un ami de la famille, qui avait pour charge d’implanter en Europe le téléphone mis au point par Edison. Mais il fut finalement embauché dans le Bureau Central du Télégraphe en Hongrie[14] où il rencontra Anthony Szigeti qui le suivit un bout de temps.

C’est en 1882[15], au cours d’une de leurs marches, que Tesla eut son moment Eureka. Il comprit comment se passer de commutateur. La solution : l’obtention d’un mouvement de rotation dans le rotor via des courants de Foucault générés par l’utilisation de champs magnétiques dans le stator grâce à différentes bobines déphasées dans lesquelles passent un courant alternatif.

Si vous n’avez pas tout suivi, ce n’est pas grave. Il faut juste retenir que c’est une idée extraordinaire. Il fallait maintenant qu’il puisse le construire en vrai.

Tesla et Edison

Après un passage court à Budapest, Szigeti et lui furent envoyés à Paris par Puskas afin de travailler pour une division européenne de la société d’Edison dirigée par un de ses proches, Charles Bachelor[16].

La réalisation de Tesla la plus notable pendant cette période chez Edison fut de travailler sur les systèmes installés à Strasbourg pour le gouvernement allemand et résoudre une situation complexe pour la société d’Edison. De retour à Paris, il voulut obtenir la prime promise pour ce travail, mais ses supérieurs se rejetaient la responsabilité et il n’obtint rien. Dégoûté par ces agissements, Tesla démissionna. Mais Charles Bachelor, ayant identifié en lui un inventeur de génie du niveau d’Edison, lui fit une lettre d’introduction pour aller à New York s’il souhaitait y travailler pour Edison. L’histoire retient que Bachelor aurait écrit : “I know two great men and you are one of them; the other is this young man”[17]. Ce qui se traduit à peu près en “Je connais deux grands hommes et vous êtes l’un d’entre eux. L’autre est ce jeune homme”.

Tesla sauta sur l’occasion et prit le premier train et le premier bateau pour New-York, perdant au passage tous ses effets personnels[18]. Il y arrive néanmoins sûr de ses connaissances et de sa volonté de vouloir démontrer la supériorité de ses inventions.

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crédit : inventors.about.com : http://inventors.about.com/library/inventors/bledison.htm

Arrivé chez Edison, Tesla le trouva devant un gros dilemme: des dynamos avaient été installées à bord du SS Oregon – le paquebot transatlantique le plus rapide du monde –  mais elles ne fonctionnaient pas. Ne disposant pas d’ingénieur qui puisse s’y rendre, il proposa à Tesla d’y aller. Celui-ci s’y rendit et traita le problème rapidement. Recroisant le lendemain matin Edison et Bachelor, Tesla leur annonça que le travail était fini. En partant, Tesla entendit Edison confier à Bachelor : This is a damned good man!”[19]. En français cela donnerait quelque chose comme “Il est sacrément bon!”.

Mais la durée du travail de Tesla chez Edison ne dépassa pas les 6 mois et la raison de son départ est controversée. Edison aurait, selon certaines sources, promis à Tesla 50 000 dollars s’il arrivait à passer de continu à alternatif certaines de ses machines[20]. Ceci semble invraisemblable vu qu’Edison ne croyait pas du tout à l’intérêt du courant alternatif. D’autres expliquent qu’Edison avait des problèmes d’argent[21] et qu’il n’aurait jamais pu promettre une telle somme. D’autres racontent enfin que c’était plutôt pour des améliorations sur des machines[22], ou alors pour le non usage d’un système de lampe à arc qu’il aurait mis au point[23] …

Tesla et le moteur à courant alternatif

Toujours est-il qu’il partit fonder sa propre entreprise. Après une première création d’entreprise qui se finit en eau de boudin[24], Nikola Tesla se retrouva de nouveau à la rue sans le sou. Avec le peu d’argent qu’il arrivait à gagner il déposa néanmoins un brevet en 1886 pour un nouveau type de moteur. C’est le dépôt de ce brevet qui lui permit de rencontrer Alfred Brown. Cette rencontre allait changer sa vie[25].

Coutumier de certaines inventions d’Edison pour le télégraphe, Brown, qui travaillait chez Western Union, vit en Tesla un inventeur à soutenir. Aidés par Peck, un homme d’affaires, ils décidèrent de créer Tesla Electric Company dont l’objectif serait de développer le moteur à courant alternatif.

La stratégie de Brown et Peck était dite de “patent-promote-sell”. Breveter des inventions, les mettre en avant auprès d’industriels et vendre les brevets. Peck et Brown n’étaient pas convaincus par le courant alternatif, et pour eux le continu était plus établi dans l’industrie[26]. Tesla leur fit le coup de l’oeuf de Christophe Colomb, en version revisitée : S’il arrivait à faire tourner un oeuf sur lui-même sur sa base sans le toucher, Peck et Brown le soutiendraient avec son idée de courant alternatif. Il y arriva grâce au champ magnétique rotatif qu’il pouvait générer grâce au courant alternatif. Peck et Brown furent impressionnés et le soutinrent[27], tout  comme Colomb fut soutenu par la reine d’Espagne grâce à son oeuf.

Tesla déposa d’abord des brevets pour un système complet pour le courant alternatif incluant dynamo, transformateur, et moteur. Ensuite l’intérêt de l’invention fut mis en avant grâce à des experts du domaine et à travers plusieurs conférences que Tesla réalisa à propos de son moteur, mais aussi à propos du courant alternatif de manière plus générale[28].

5103-004-2E55AAA2.jpgcrédit : encyclopedia brittanica : http://global.britannica.com/biography/George-Westinghouse

Enfin ils surent aussi attirer l’attention de George Westinghouse. Il s’agissait d’un homme d’affaires ayant fait fortune grâce à des inventions dans le domaine du ferroviaire et qui souhaitait se développer dans le domaine de l’électricité. Il était l’un des seuls à voir dans le courant alternatif de bonnes perspectives et dans ce but chercha à acquérir des brevets pour diverses technologies en lien avec ce type de courant. A côté l’achat de brevets pour des transformateurs développés eu Europe, les brevets que la Tesla Electric Company possédait étaient, même pour un prix important[29], un atout important pour disposer de dynamos et de moteurs afin de développer cette activité[30]. Enfin cela lui permettait de se différencier d’Edison qui ne misait que sur le courant continu.

Tesla travailla avec les ingénieurs de Westinghouse à Pittsburgh pour industrialiser son moteur[31] de juillet 1888 jusqu’à son départ en août 1889. Ce travail continua sans lui car ce n’est pas avant début 1893[32] que Westinghouse eut la possibilité, autant technique que financière, de pouvoir pousser commercialement les résultats de ces travaux.

La guerre des courants

La période 1890-1891 fut très compliquée pour les sociétés de l’électricité. Entre la fusion des sociétés d’Edison et celle de Thompson Houston pour former General Electric d’un côté et Westinghouse qui tenta d’acheter de petites entreprises locales d’électricité de l’autre, le monde de l’industrie électrique était sous la pression du monde financier pour se structurer.

Par ailleurs, la guerre des courants faisait rage entre Edison et Westinghouse. Edison était convaincu que le courant continu était supérieur au courant alternatif. Westinghouse, de son côté, avait fait, comme d’ailleurs Thompson-Houston, le pari du courant alternatif.

Pour comprendre un peu cette bataille entre les deux systèmes, laissez moi juste vous expliquer les enjeux. Comme je l’ai expliqué avant, la télégraphie et l’usage régulier de batteries rendaient indispensable l’usage du continu. Un des problèmes que l’on rencontre quand on veut transmettre du courant, c’est la perte en ligne. L’idée étant que plus la tension est élevée, moins on perd par effet joule[33]. Le problème avec le courant continu, c’est que, comme on ne peut pas changer la tension une fois le courant produit, il fallait le produire à la tension utilisée par les moteurs (ou autre) à exploiter. Comme les tensions utilisées n’étaient pas forcément très importantes, il était donc indispensable de produire du courant près des lieux d’usage afin d’éviter les pertes en ligne liée à la faible tension. Pour le courant alternatif c’était différent. Sur la deuxième moitié du XIXème siècle des transformateurs, permettant de monter et descendre la tension, ont été développés en Europe. Ces transformateurs ont ainsi permis de transmettre du courant alternatif sur de plus grandes distances en minimisant les pertes en ligne.

L’Europe passa assez rapidement au courant alternatif. Mais Edison voulait imposer le courant continu à tout prix car son entreprise reposait principalement d’une part sur la construction de centrales locales produisant du courant continu et d’autre part sur la fabrication de matériel électrique fonctionnant sur ce type de courant. Il était par ailleurs convaincu qu’il était intrinsèquement plus dangereux (à tension égale il avait vu dans des expériences que des risques mortels plus grands existaient). Ce lobbying d’Edison se transforma en campagne agressive contre le courant alternatif. Il alla jusqu’à organiser des démonstrations publiques de sa dangerosité en tuant des animaux[34]. Il arriva même à ce que la première électrocution se fasse grâce à du courant alternatif. A l’époque on parlait d’ailleurs de “Westinghouser”. Mais cela eu l’effet contraire car l’opinion se retourna contre lui[35].

Cette guerre et les efforts importants que Westinghouse réalisa en R&D, notamment concernant le moteur de Tesla[36], lui imposèrent de demander à celui-ci de renoncer aux royalties. Selon Westinghouse cette condition était imposée pour qu’il conserve son rôle dans l’entreprise. Tesla aurait accepté par amitié…[37]

La transmission sans fil et le show

Après avoir quitté Westinghouse, Tesla prit un nouveau laboratoire à Manhattan, sur la Grand Street. Son idée était de développer les recherches autour du courant alternatif à haute fréquence. Partant des travaux de Hertz qui générait des ondes EM, il tenta de les améliorer et mit au point sa fameuse bobine Tesla. Grâce au phénomène de résonance il arrivait à faire un certain nombre de choses : générer ce qu’il appelait des “bouffées” d’énergie électrique; réaliser un transformateur (cela lui permettait d’augmenter fortement le voltage); et produire des fréquences extrêmement élevées. Lors d’une erreur involontaire, il toucha une partie de son matériel branché sur une bobine Tesla, et découvrit l’effet de peau (à haute fréquence le courant alternatif ne pénètre pas profondément et ne se propage qu’en surface, sur la peau donc, d’où son nom) qu’il exploita ensuite dans la plupart de ses conférences pour émerveiller le public[38] en tenant des ampoules ou des tubes fluorescents alimenté par le courant qui passait à la surface de son corps.

Il faut noter que Tesla n’était pas un Maxwellien (il ne faisait pas partie des partisans de la nouvelle théorie mise au point par James Clerk Maxwell quelques années auparavant pour expliquer les phénomènes électriques et magnétiques). A la différence de Hertz ou Lodge, il pensait pouvoir justifier des phénomènes observés avec les théories existantes et pensait que les Maxwelliens se trompaient d’explication avec ces nouvelles théories. D’autant plus que selon lui, les ondes électromagnétiques n’étaient pas capables de se propager sur de grandes distances et que les bouffées électrostatiques étaient plus aptes à justifier des phénomènes observés[39].

Il présenta diverses inventions lors de plusieurs conférences : en mai 1891 à New York[40] et en Europe en 1892. Il alla notamment à la Royal Society[41] où il eut l’occasion de s’asseoir dans le fauteuil de Faraday et à Paris avant d’aller au chevet de sa mère mourante. Malgré le fait qu’il prétendait ne pas croire aux prémonitions il raconte néanmoins que c’est en rêve que cet évènement tragique lui fut révélé[42] …

Parmi ses expériences de l’époque on peut en noter une en particulier : il prenait deux plaques non connectées et il les tournait vers le ciel; la première était branchée sur son oscillateur et elle était connectée à la terre; et l’autre plaque était aussi fixée à la terre avec une induction bien réglée. Une fois ce système mis en place il pouvait connecter sur cette seconde plaque un moteur où une lampe et les faire fonctionner[43]. Cette expérience représente les prémices de la radio pour certains. C’est en tout cas ce que Tesla défendit plus tard lors de divers procès sur la paternité du système[44]. Cependant cela s’entendait dans le cadre de ses recherches sur la transmission d’énergie sans fil et pour lui cela ne fonctionnait pas grâce à des ondes électro-magnétiques mais grâce à ses bouffées électrostatiques. Enfin il faut bien comprendre qu’à l’époque il y avait cette notion de “circuit” à fermer avec la terre, une vue très électricienne de la chose. Et Tesla pensait que le courant passait principalement dans la terre …

Les chutes du Niagara

En 1893 se tint la foire internationale de Chicago. C’est Westinghouse qui en obtint le contrat d’électrification. Cela permit à Tesla de montrer que le courant alternatif était capable d’illuminer un grand nombre de lampes ou de moteur en toute sécurité, au contraire de ce que pouvait dire Edison. Cette foire fut aussi pour lui l’occasion de présenter les prodiges que le courant alternatif rendait possible : son oeuf de Colomb électrique ou encore le fait de pouvoir allumer une ampoule sans qu’elle soit branchée (grâce à l’effet de peau).

Cette foire précéda de peu la victoire de Westinghouse dans l’obtention d’un contrat important : celui de dompter les chutes du Niagara. L’objectif était notamment de pouvoir transporter de l’énergie jusqu’à la ville de Buffalo (28 kilomètres[45])[46].

C’est Edward Dean Adams qui en fut le promoteur et fin 1892 un appel d’offre fut lancé pour choisir l’entreprise qui serait en charge du travail[47]. Tesla voulait à tout prix pousser son système à courant alternatif et rencontra Adams à de multiples reprises. En effet, entre la variété de systèmes à courant alternatif possibles, les guerres de brevet le concernant ou la position de Lord Kelvin, membre de la commission, qui poussait le courant continu (selon lui utiliser le courant alternatif était une “erreur gigantesque”), Adams souhaitait garder un maximum d’options[48]. Cependant les arguments de Tesla contre le courant continu convainquirent Adams. Il lui expliqua ainsi que l’usage de hautes tensions en courant continu poserait problème au niveau des moteurs et de l’éclairage qui ne fonctionnaient pas avec des hautes tensions. Il lui expliqua aussi que la génération et l’usage de courant étaient fondamentalement alternatifs comme le mouvement de rotation des turbines et des moteurs et qu’avec le courant alternatif il était possible d’amener de l’énergie plus loin grâce à des transformateurs. En octobre 1893 la commission choisi Westinghouse pour la mise en place du système (le succès de de la foire internationale de Chicago fut sûrement déterminante)[49].

Ce fut une grande victoire pour lui[50] et Tesla en fut grandement responsable. La production et la transmission à l’échelle industrielle du courant alternatif avec succès en Europe, et avec les chutes du Niagara aux Etats-Unis furent la démonstration qu’il était bien supérieur au courant continu et en firent un standard dans le monde entier.

Cet évènement permit à Tesla d’être reconnu comme un inventeur de premier plan aux Etats-Unis et de pouvoir embrayer sur un domaine qu’il allait développer les années suivantes : la transmission d’énergie sans fil. Mais ce sera pour un autre dossier.

Conclusion

A travers ce premier dossier nous avons découvert la première partie de la vie de Tesla. Sa jeunesse tout d’abord, avec le développement de certaines idées qu’il chercha par la suite à vouloir développer, avec plus ou moins de succès pour le moteur à courant alternatif par exemple. On découvre aussi comment cette invention fut mise au point et le contexte dans lequel cela se passa. Tesla n’inventa pas un moteur comme un génie venu d’ailleurs, d’autres chez Westinghouse, Thompson Houston ou en Europe en développèrent aussi. Les années qui suivirent son industrialisation furent émaillées de procès sur la paternité de cette invention. On découvre aussi les prémices de la radio, même si appliquée à un autre cas d’usage, la transmission d’énergie sans fil. On voit aussi que pour Tesla la théorie de l’électromagnétisme n’était pas pertinente et cela le fit partir dans une direction différente de celle de ses contemporains pour la transmission d’énergie sans fil, celui de l’usage du courant passant par la Terre …

Dans la deuxième partie nous découvrirons la suite des travaux de Tesla sur cette transmission d’énergie sans fil et d’une certaine manière sa déchéance à force de poursuivre des rêves impossibles … Je parlerai aussi de certains mythes qui, aujourd’hui, sont colportés ici ou là à son propos.

Quote

If Edison had a needle to find in a haystack, he would proceed at once with the diligence of the bee to examine straw after straw until he found the object of his search. … I was a sorry witness of such doings, knowing that a little theory and calculation would have saved him ninety per cent of his labor.

New York Times, 19 octobre 1931

Références

Livres

  • Wizard: The Life and Times of Nikola Tesla: Biography of a Genius de Marc J. Seifer
    • ISBN : 0806519606 (ISBN13 : 978-0806519609)
    • Auteur : Marc J. Seifer
    • Nombre de pages : 542 pages
    • Date de parution : 01/05/1998 chez Citadel Edition
    • Prix : 19,44€ chez Amazon
  • Inventor of the electric age de Bernard Carlson (meilleure biographie selon moi sur laquelle est basée ce dossier)
    • ISBN : 0691165610 (ISBN13 : 978-0691165615)
    • Auteur : W. Bernard Carlson
    • Nombre de pages : 520 pages
    • Date de parution : 15/05/2015 chez Princeton University Press
    • Prix : 19,26€ chez Amazon
  • Man out of time de Margaret Cheney
    • ISBN : 0743215362 (ISBN13 : 978-0743215367)
    • Auteur : Margaret Cheney
    • Nombre de pages : 400 pages
    • Date de parution : 09/10/2001 chez Touchstone
    • Prix : 10,43€ chez Amazon
  • Tesla: The Life and Times of an Electric Messiah de Nigel Cawthorne
    • ISBN : 078582944X (ISBN13 : 978-0785829447)
    • Auteur : Nigel Cawthorne
    • Nombre de pages : 192 pages
    • Date de parution : 05/04/2014 chez Chartwell Books
    • Prix : 14,46€ chez Amazon
  • Prodigual genius de John J O’Neill
    • ISBN : 1596057130 (ISBN13 : 978-1596057135)
    • Auteur : John J O’Neill
    • Nombre de pages : 336 pages
    • Date de parution : 01/11/2006 chez Cosimo Classics
    • Prix : 11,96€ chez Amazon
  • My inventions de Nikola Tesla
    • ISBN : 1519534477 (ISBN13 : 978-1519534477)
    • Auteur : Nikola Tesla
    • Nombre de pages : 50 pages
    • Date de parution : 26/11/2015 chez Createspace Independent Publishing Platform
    • Prix : 5,65€ chez Amazon
  • Edison: A life of invention de Paul Israel
    • ISBN : 0471362700 (ISBN13 : 978-0471362708)
    • Auteur : Paul Israel
    • Nombre de pages : 560 pages
    • Date de parution : 16/02/2000 aux Editions Belin
    • Prix : 21,59€ chez Amazon et  32,90€ à la Fnac
  • The Wizard of Menlo Park de Randall E. Stross
    • ISBN : 1400047633 (ISBN13 : 978-1400047635)
    • Auteur : Randall E. Stross
    • Nombre de pages : 125 pages
    • Date de parution : 25/03/2008 chez Broadway Books
    • Prix : 13€ chez Amazon et à 12,85€ à la Fnac
  • Nikola Tesla: prophet of the modern technological age de Michael W. Simmons
    • ISBN : 1532867735 (ISBN13 : 978-1532867736)
    • Auteur : Michael W. Simmons
    • Nombre de pages : 242 pages
    • Date de parution : 21/04/2016 aux chez Createspace Independent Publishing Platform
    • Prix : 16,81€ chez Amazon
  • Thomas Edison & Nikola Tesla: The pioneers of electricity de Charles River Editors
    • ISBN : 149234219X (ISBN13 : 978-1492342199)
    • Auteur : Charles River Editors
    • Nombre de pages : 80 pages
    • Date de parution : 05/09/2013 chez CreateSpace Independent Publishing Platform
    • Prix : 10,34€ chez Amazon
  • Altersciences d’Alexandre Moatti
    • ISBN : 2738128874 (ISBN13 : 9782738128874)
    • Auteur : Alexandre Moatti
    • Nombre de pages : 336 pages
    • Date de parution : 17/01/2013 chez Odile Jacob
    • Prix : 23,90 € chez Amazon ou la Fnac

Web

  • Une description intéressante du brevet de Tesla sur le moteur synchrone (avec des affirmations plus difficiles à confirmer/informer concernant les résonnances de Schumann ou le Radar, etc) https://www.bibnum.education.fr/sciencesdelingenieur/electrotechnique/l-invention-du-moteur-synchrone-par-nikola-tesla
  • Une page sur l’Edison Tech Center (ils sont potentiellement partisans) qui, selon eux, débunke des mythes autour de Tesla : http://www.edisontechcenter.org/tesladebunked.html
    • Mon point de vue ? Ok, ils en débunkent certains (l’invention de l’AC par Tesla, par exemple), mais un certain nombre de choses est avancé sans citer de source spécifiquement par information, et vu la passion de certains sur la question on est en droit de se poser la question de la partialité d’un debunkage de soi-disant mythes à propos de Tesla sur une page créée par un centre au nom d’Edison)

[1] Son père Milutin Tesla était prêtre orthodoxe et sa mère, Djuka Mandic, s’occupait du foyer et des enfants

[2] Un garçon, Dane en 1984, et deux filles Angelina en 1850 et Milka en 1852

[3] Inventor of Electric Age, Carlson, p 18

[4] My Inventions, Tesla, p 12

[5] Capacité qui, selon John O’Neill dans Prodigual Genius, lui permis soit disant de ne pas avoir besoin, ni de prendre de notes, ni de faire de tests en vrai.

[6] Inventor of Electric Age, Carlson, p 20

[7] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 26

[8] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 42

[9] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 37

[10] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 42

[11] Il jouait aux dominos et au poker principalement

[12] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 47

[13] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 48

[14] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 50

[15] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 52

[16] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 63

[17] Prodigual Genius, O’Neill, p 60

[18] Prodigual Genius, O’Neill, p 58

[19] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 70

[20] Thomas Edison & Nikola Tesla, The pioneers of Electricity, Charles Rivers Editors

[21] Ibid

[22] Prophet of the Modern Technological Age, Simmons, p 76

[23] Inventor of the Electrical Age, Carlson, 73

[24] Tesla avait toujours en tête de pouvoir réaliser le développement de son moteur AC et avec quelques investisseurs (principalement messieurs Vail et Lane), qui s’étaient intéressés à ses travaux du temps de son passage chez Edison, il fondât la Tesla Electric Light and Manufacturing Company. Cette société se chargea de vendre des lampes à arc basées sur un brevet déposé par Tesla quelques temps plus tôt. Brevet qu’il mit au nom de cette société. Mais selon Carlson les investisseurs ne souhaitèrent pas poursuivre l’aventure sur les aspects manufacturing et préférèrent se concentrer sur l’aspect vente de systèmes d’éclairages à travers la création d’une nouvelle entreprise en laissant tomber Tesla. Tesla ne put plus exploiter son brevet ni développer son moteur AC comme il l’avait souhaité en s’associant à Vail et Lane.

[25] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 77

[26] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 87

[27] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 92

[28] “A NEW SYSTEM OF ALTERNATING CURRENT MOTORS AND TRANSFORMERS” by Nikola Tesla Delivered before the American Institute of Electrical Engineers, May 1888 : http://www.tfcbooks.com/tesla/1888-05-16.htm

[29] Inventor of the Electrical Age, Carlson p 113

[30] Avant d’acquérir les brevets de Tesla, il acquis aussi celles de transformateur de Gaulard & Gibbs nécessaire à la modification du voltage AC (impossible à l’époque pour du DC), mais aussi les travaux de Ferraris qui a Turin avait aussi travaillé sur les champs magnétiques rotatifs (d’où d’ailleurs une certaine confusion sur la réelle paternité du moteur AC) .

On trouve chez Charles Rivers editors une référence à une somme d’1 million de dollars que Westinghouse aurait payé, mais il semble plus réaliste que la Tesla Electric Ligne Company ait reçu 25,000 dollars en liquide, 50,000 dollars en billet à ordre and des royalties de 2,50 dollars par cheval vapeur développé.

[31] Il est important de noter, qu’à la différence de ce que Tesla croyait, même si son moteur fonctionnait à la perfection dans sa tête où dans son laboratoire, il était indispensable de pouvoir mettre au point un moteur qui puisse fonctionner dans des conditions réelles, avec les fréquences délivrées par les générateurs, sur le bon nombre de phase, etc.

[32] Carlson, p 167

[33] https://fr.wikipedia.org/wiki/Perte_en_ligne_(%C3%A9lectricit%C3%A9)

[34] selon lui le DC à même tension était non mortel, alors qu’il était surtout question de fréquence

[35] Thomas Edison & Nikola Tesla: The pioneers of Electricity, Charles River Editors

[36] selon Carlson c’est la raison en tout cas. Par contre on trouve plein d’autres raisons dans les autres bios …

[37] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 131

[38] C’est notamment via cet effet de peau et l’usage des ancêtre des tubes néon, ou de lampes à un seul fil avec un bouton en carbone, qu’il est devenu le magicien de la lumière, expert des shows dans les plus grandes capitales.

[39] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 125-128

[40] “EXPERIMENTS WITH ALTERNATE CURRENTS OF VERY HIGH FREQUENCY AND THEIR APPLICATION TO METHODS OF ARTIFICIAL ILLUMINATION” by Nikola Tesla Delivered before the American Institute of Electrical Engineers, Columbia College, N.Y., May 20, 1891 :http://www.tfcbooks.com/tesla/1891-05-20.htm

[41] “EXPERIMENTS WITH ALTERNATE CURRENTS OF HIGH POTENTIAL AND HIGH FREQUENCY” by Nikola Tesla Delivered before the Institution of Electrical Engineers, London, February 1892. : http://www.tfcbooks.com/tesla/1892-02-03.htm

[42] Même si il raconte par la suite avoir pu tracer la naissance de cette idée jusqu’à des choses qu’il aurait vu par ailleurs. Cette idée d’un déterminisme de toute idée ou sentiment ou action est quelque chose qu’il a en tête depuis tout jeune et qui conduit aussi à tout ce qu’il a comme opinion sur l’aspect automate de l’homme et sur ce qu’il réalisa autour des bateau téléguidé et de ce qu’il appelait “Teleautomatics” dont nous parlerons plus tard.

[43] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 139

[44] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 141

[46] Si on remonte un peu on peut aussi voir, comme le présente Carlson, que Tesla allât en Europe pour se renseigner plus en détail sur ce qui avait été présenté lors le l’Electrotechnical Exhibition à Francfort en Septembre 1891. Outre qu’à cette occasion fut démontrée la possibilité de transmettre du courant depuis Lauffen (175 kilomètres de distance) via de l’AC, van Miller, Brown et Dolivo-Dobrowolsky démontrèrent le potentiel commercial de l’usage de l’AC polyphasé grâce à un moteur utilisant cette technologie. Il n’était donc pas seul à avoir travaillé sur le sujet à l’époque et même si il semble avoir devancé de peu ceux-ci, l’information n’était pas forcément arrivée en Europe et certains les annoncaient comme les inventeurs de cette découverte. Comme quoi il y avait vraiment une convergence d’idée à l’époque sur ces sujets.

[47] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 166

[48] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 170

[49] Inventor of the Electrical Age, Carlson, p 173

[50] même si GE eut le contrat pour la mise en place des lignes servant à transmettre l’énergie

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