Vulgarisation et/ou Articles scientifiques? Que faut-il lire ? 2/…

Dans un précédent billet j’ai démarré cette série sur la question de l’opposition (éventuelle) entre Vulgarisation et Articles scientifiques. La question posée est en fait là pour essayer de définir ce qu’une personne souhaitant se renseigner à propos d’un sujet, sur lequel la science aurait quelque chose à dire, pourrait lire afin d’avoir un avis pertinent à son propos.

La Vulgarisation reste le point de départ indispensable pour aborder un sujet, mais un certain nombre de limites peut apparaître :

  • La Vulgarisation choisie est-elle objective ou partiale ? Des billets de blog ou des articles de site pro ou anti OGM vous donneront plus sûrement des informations orientées dans un sens ou dans l’autre qu’un avis impartial et objectif
  • Si le sujet est pointu, comme l’effet des ondes wifi sur la santé, il peut devenir compliqué, voire impossible, de trouver des ouvrages de vulgarisation qui permettent de savoir ce qu’il en est des ondes électromagnétiques, de leur impact sur les tissus vivants, sur les Hommes et ce qu’il en est du Wifi lui-même par exemple. On en arrivera sûrement à lire des cours de biologie ou de physique pour comprendre les uns ou les autres aspects …
  • La Vulgarisation d’études scientifiques créée aussi une distance entre le lecteur et l’information (vulgariser signifie souvent simplifier) et implique la subjectivité du « médiateur/vulgarisateur »

Pourquoi ne pas lire des articles scientifiques alors ?

Scientific Literature - crédit : Laura Fedrizzi  (http://goo.gl/lvpGTw)

Scientific Literature – crédit : Laura Fedrizzi (http://goo.gl/lvpGTw)

Si la Vulgarisation peut être problématique, pourquoi ne pas se tourner vers les Articles Scientifiques à ce moment-là ? Après tout, il s’agit des informations produites par les scientifiques, et aucun filtre ne viendrait se placer entre le lecteur et le contenu publié.

Vu comme cela, on pourrait se dire qu’aller lire des articles scientifiques sera la panacée… jusqu’au moment où l’on se mettrait à chercher des articles scientifiques pour répondre à la question que l’on se pose… Le traitement de cette question de la publication scientifique a déjà été discuté plusieurs fois sur d’autres blogs et vous pouvez notamment retrouver un échange sur la question entre Jean-Michel Abrassart et Franck Ramus dans l’épisode 227 « Comprendre la publication scientifique » du podcast scepticisme scientifique.

Il faut bien comprendre comment fonctionne la recherche : il s’agit d’experts écrivant des articles sur l’état de leurs travaux (de recherche justement) qui sont destinés à être lus par d’autres experts, souvent sur des aspects précis et particuliers des champs de recherche étroits/spécifiques dans lesquels ils travaillent. Articles qui sont censés paraître dans des revues à comité de lecture pour assurer leur sérieux. Revues qui ne sont pas forcément ouvertes.

Afin de bien expliquer de quoi il retourne et les problèmes que cela peut soulever, je vais tenter d’expliquer en quoi, pour chaque groupe de mots en gras, se trouve un problème lié aux articles scientifiques.

« Les articles scientifiques décrivent des travaux de recherche d’experts à destination d’autres experts »

C’est un point important : les articles scientifiques étant écrits par des experts, ils présupposent une connaissance minimum de l’état de l’art de la part du lecteur dans la mesure où il est censé être lui aussi un chercheur. Le jargon utilisé sera donc technique, précis et ne reviendra quasiment jamais sur les termes qui sont considérés comme partagés entre le rédacteur et le lecteur. Pour ne citer qu’un exemple : le premier article trouvé sur arxiv.org traitant du traitement d’équations aux dérivées partielles (déjà pointu comme sujet!) en mathématique parle dans une courte description de convergence d’équation d’Euler, de modèles pour des fluide viscoélastiques, etc… http://arxiv.org/abs/1412.6587 Et vous en trouverez bien d’autres comme cela.

L’état de l’art sur lequel se base l’article est souvent mentionné dans une des premières sections. Cette section va faire référence à un certain nombre d’autres articles considérés être une base pour les travaux décrits ou comme un ensemble d’éléments qui seraient étendus et/ou remis en cause par les résultats présentés dans la suite de l’article. Voici un exemple (regardez la seconde section) pour un article publié dans un journal en informatique scientifique : Scheduling linear chain streaming applications on heterogeneous systems with failures

Tout ces articles formant l’état de l’art, si vous n’en disposez pas, il va falloir les trouver, les lire, et les comprendre. Pour des scientifiques, il s’agit souvent d’éléments déjà connus où auxquels ils peuvent avoir accès facilement (si ils ne sont pas ceux qui les ont écrits par ailleurs).

« Les articles couvrent souvent des aspects précis de champs de recherche spécifiques »

Aujourd’hui la science est découpée en domaines, disciplines, champs de recherche, etc:

  • Un mathématicien aura une branche en particulier comme cadre de travail avec un certains nombre de théorèmes qu’il cherche à démontrer;
  • Un informaticien se concentrera sur les problèmes liés aux nouveaux processeurs dans l’accélération du temps de calcul des opérations trigonométriques;
  • Un biologique pourra travailler sur l’évolution de certains gènes particuliers à certains organismes spécifiques de la faune aquatique.

Ceci rendra d’autant plus complexe l’analyse d’un article qui couvrira l’un de ces domaines pour une personne qui ne serait pas au courant du domaine de recherche spécifique, encore moins si ce n’est pas un scientifique du tout.

Il existe des domaines pour lesquels les sujets abordés peuvent être plus « abordables » mais ceci n’empêche pas que les lecteurs n’ayant aucune connaissance scientifique de ces sujets puissent se méprendre sur certains termes ou certaines conclusions.

Chaque domaine, voire même chaque étude, va avoir un ensemble de protocoles expérimentaux qui seront mis en application pour démontrer la véracité des résultats avancés. Ils requièrent souvent un solide bagage dans le domaine en question et/ou en statistiques pour être compris. Malheureusement les erreurs commises se logent souvent dans les détails et encore plus dans ces protocoles expérimentaux. Ces erreurs peuvent invalider les résultats voir les renverser et pouvoir détecter ces erreurs ou manquements s’avère une tâche complexe pour un scientifique du domaine voire impossible pour un non-scientifique.

« Les articles sont publiés dans des revues à comité de lecture qui ne sont pas forcément ouvertes »

Pour qu’un article scientifique compte, il est indispensable qu’il soit publié. C’est un autre débat, mais aujourd’hui les scientifiques se doivent de publier un maximum d’articles afin d’être reconnus par leurs pairs dans leur domaine de recherche. C’est le propos du fameux adage « Publish or perish » que tout scientifique connaît par coeur. Damien Jougnot en avait d’ailleurs parlé lors d’un épisode freestyle de podcastscience : Podcast Science 192 – Freestyle #9

Et pour ces scientifiques, plus la revue, le journal ou la conférence, dans lequel l’article sera publié sera de haut niveau, plus ses travaux seront mis en avant et ses publications considérés de valeur.

Dans ce processus de publication, toute revue digne de ce nom impose que chaque proposition d’article soit revue par des pairs: ceci signifie que la revue va mettre en place un ensemble de scientifiques pertinents au sein du domaine qui auront pour tâche de valider/rejeter l’article en fonction de son contenu. La validation ou le rejet peuvent intervenir au bout d’un certain nombre d’allers-retours et de modifications de l’article.

Cette revue par les pairs est actuellement la meilleure manière trouvée pour assurer une qualité minimum des articles publiés et de trier entre le bon grain et l’ivraie. Un certain nombre de discussions existe sur les avantages et les inconvénients de ce processus, et d’autres méthodologies ont été étudiées pour arriver à améliorer la qualité des articles, mais je n’en parlerais pas ici. Vous pouvez aussi retrouver une discussion sur ce point dans l’épisode freestyle de podcastscience que je citais plus haut ou dans l’épisode 259 du podcast Scepticisme Scientifique où Jean-Michel Abrassart et Thomas Guiot discutaient d’un autre type de Peer-reviewing: Épisode #259: Un nouveau genre de peer-review?.

J’ai pris un peu de temps pour parler de tout cela avec pour objectif de bien mettre en avant, d’une part l’intérêt de la revue par les pairs pour assurer une qualité des articles, et d’autre part le fait que certaines revues sont considérées de meilleure qualité que d’autre.

Et en fait tout le problème est là pour une personne qui ne connaît ni la qualité des revues, ni si l’article que cette personne s’apprête à lire a subit cette revue par les pairs. Comment savoir si finalement ce que vous êtes en train de lire n’a pas été revu par les pairs ou si elle a été publiée dans une revue de piètre qualité ou non ? Que vaudrait en effet un article non revu par les pairs et qui serait publié dans une revue obscure ? Pas grand chose. Mais sur internet, sans ses informations cet article serait considéré, par une personne non-scientifique, de la même manière qu’un article publié dans une revue prestigieuse et revus par les pairs.

D’autant plus que cet état de fait correspond au cas où il est possible de pouvoir récupérer les articles que l’on souhaite étudier. Mais la majorité des revues ou journaux font payer des sommes importantes pour permettre l’accès aux articles qu’ils publient. Il n’est pas ici question de justifier ou valider ce mode de fonctionnement, il s’agit d’un état de fait. Il existe certaines sources qui permettent l’accès à des version pré-print des publications comme arxiv.org ou en français https://hal.inria.fr (ici spécifique à l’inria), mais il ne s’agit pas de la majorité.

Donc si les publications peuvent devenir complexes à obtenir pour des scientifiques (toutes les universités et tous les laboratoires n’ont pas forcément les moyens de payer pour avoir accès à toutes les revues possibles), imaginez ce que cela peut donner pour un non-scientifique ! En tant que non-scientifique nous aurons donc moins de chance de tomber sur des articles de qualité que sur ceux qui n’auront pas été revus par des pairs au sein de revues sérieuses.

Et donc ?

Le tableau dépeint peut sembler sombre, mais il est intrinsèquement lié à ce qu’est la recherche et comment fonctionne la publication scientifique d’articles dans des revues à comité de lecture.

Il reste cependant que la recherche et les informations scientifiques se trouvent dans des articles scientifiques revus par les pairs et parus dans des revues sérieuses et reconnues. Certaines articles sont accessibles pour un non-scientifique, mais il est nécessaire disposer d’un background minimum ou important dans les sciences en question et dans la manière dont les études sont réalisées pour arriver à distinguer le bon grain de l’ivraie.

Le but de ce billet était de faire un état non-exhaustif qui permettent de comprendre que lire des articles scientifiques n’est pas la panacée, tout en faisant un minimum le tour des problématiques liées à la lecture d’articles scientifiques pris sans une étude du contexte de ces publications.

En lisant le billet précédent de la série et celui-ci on pourrait se dire qu’il n’y a pas de solution. Cependant il est sûrement possible de pouvoir définir la meilleure manière de prendre les meilleurs côtés de la vulgarisation et des articles scientifiques pour permettre aux non-scientifiques de s’y retrouver et de se forger un avis propre et éclairé par la science.

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Une réflexion sur “Vulgarisation et/ou Articles scientifiques? Que faut-il lire ? 2/…

  1. Salut, très bonne réflexion. La meilleure solution (où la moins pire, c’est selon) me semble de privilégier les articles de diffusion scientifique qui citent des sources vérifiables (ce qui implique de vérifier les sources le cas échéant, ce qui est un réflexe que peu de gens ont). Cordialement.

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